François Dostert

François Dostert (photo: Edouard Olszewski)

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Daniel Düsentrieb ou Géo Trouvetou. C’est ainsi que l’on désigne François Dostert, gérant des ATELIERS MECANIQUES DOSTERT SARL, en fonction des préférences linguistiques de chacun. Cet inventeur prolifique, distingué par trois fois lors des Prix à l’Innovation dans l’Artisanat et Grand Vainqueur en 2006, est engagé depuis plusieurs décennies auprès de l’Artisanat. Pour la première fois, il est membre du Comité de la Chambre des Métiers.

Monsieur Dostert, pourrait-on dire que l’Artisanat pour vous, c’est une vocation ? 
Oh oui, une vraie. J’avais quatre ans, et j’étais déjà fasciné par la forge de mon oncle, chez qui j’allais souvent, surtout pendant les vacances. C’est mon arrière-grand-père qui a fondé l’entreprise, en 1884. J’ai naturellement voulu m’orienter dans le domaine, et j’ai fait l’Ecole des Arts et Métiers, où j’ai obtenu mon CAP de mécanicien-ajusteur. A l’époque, j’étais à l’école de 38h à 44h par semaine, en fonction des années, et ce pendant quatre ans ; j’y ai appris le métier. J’ai ensuite accompli deux années de pratique, en Allemagne et au Luxembourg, puis j’ai passé mon Brevet de technicien en mécanique générale, à l’âge de 21 ans.

A ce moment-là, j’avais pris la décision de changer de vie, au moins temporairement, et d’aller faire mes expériences loin d’ici, à l’étranger. Je voulais aller en Amérique du Sud. Malheureusement, la vie bouleverse parfois nos plans. Mon oncle est tombé gravement malade, et je me suis senti responsable de devoir reprendre l’entreprise. Je n’aurais personnellement pas pu agir autrement, c’était mon devoir. A 24 ans, puisqu’il fallait attendre d’avoir cet âge-là à l’époque, j’ai passé mon Brevet de Maîtrise. Deux ans plus tard, j’ai intégré la Commission des Brevets auprès de la Chambre des Métiers.

Cet engagement, si jeune, est-il dû au fait que vous mesuriez déjà l’importance de la formation pour le secteur ? 
Oui. Parce que je sais que si on a une bonne formation, on devient un bon artisan. J’ai voulu devenir membre de la Commission pour les mécaniciens-ajusteurs car je trouvais important d’avoir un mot à dire pour le métier. J’ai participé à la rédaction des nouveaux programmes pour les écoles, j’ai fait partie des équipes curriculaires, j’ai contribué à la mise en place des examens, pratiques et théoriques, j’ai fait les corrections. Tout cela était normal pour moi. 

D’une manière générale, je pense que l’engagement est quelque chose de fondamental. J’avais d’ailleurs aussi très jeune rejoint la Fédération des Métiers du Métal, et cela fait environ vingt ans que je siège à l’Assemblée Plénière de la Chambre des Métiers. Cette année, j’ai souhaité m’engager pour représenter la section «Mécanique» au sein de son Comité. Encore une fois, je trouve cela normal. Si on veut faire bouger les choses, il faut s’engager.


«Si on veut faire bouger les choses, il faut s’engager.»


Les échanges et les partages permettent aussi d’avancer. On reçoit beaucoup d’informations importantes, lorsque l’on s’investit. On est au courant des changements, techniques et législatifs. On peut anticiper, s’adapter. Je regrette le manque d’investissement des jeunes dans ma Fédération ou à la Chambre des Métiers. Ils passent à côté de beaucoup de choses, y compris à côté de bonnes soirées entre copains!

Après ces propos, et eu égard à votre réputation, on peut donc supposer que pour vous, l’engagement pour le secteur, c’est aussi important que l’innovation pour l’entreprise ? 
Je dirais effectivement que c’est à situer sur la même échelle d’importance, mais que ce n’est pas tout à fait au même niveau, puisque l’innovation ne se commande pas. J’ai pour habitude de dire que l’idée innovante, c’est comme l’appétit. On se lève le matin, et on l’a! 


«L’idée innovante, c’est comme l’appétit. On se lève le matin, et on l’a!»


Il faut vouloir créer, et avoir des idées. Mais on ne peut pas décider de cela. Je dois dire que pour moi, l’innovation est indispensable. Elle fait vivre l’entreprise, puisqu’elle lui permet de s’adapter constamment au marché. Vous savez, nous avons beaucoup évolué depuis nos débuts. Nous avons commencé par construire des bennes pour camions, puis des grues sur camions. Nous faisons de la carrosserie industrielle, mais aussi des réparations. Et nous sommes par ailleurs des constructeurs de machines sur mesure, ce qui demande une adaptation permanente.

Il faut savoir inventer des produits qui n’existent pas sur le marché. C’était le cas avec la station de contrôle technique mobile pour poids lourds, que nous avons créée et qui nous a permis de remporter le Prix Or de l’Innovation dans l’Artisanat en 2006. Aujourd’hui, nous sommes fiers que la Société Nationale de Contrôle Technique l’utilise.

Nous avons aussi présenté une machine à bobiner des rotors de génératrices, avec changement automatique de pôles, qui nous a valu un Prix Mérite en 2010, et gagné le Prix Argent pour le système de pesage embarqué pour conteneurs, en 2013. 

Dans ce cas précis, l’idée était le résultat d’une solution que nous avons proposée à un client, qui se plaignait de recevoir de nombreux procès-verbaux à cause du surpoids de son camion, car il se trouvait dans l’impossibilité de mesurer le poids de ses conteneurs. C’est donc souvent la demande du client qui crée l’innovation.


«C’est souvent la demande du client qui crée l’innovation.»


Cette année, nous avons décidé de participer au Prix de l’Innovation dans l’Artisanat 2017 en présentant non pas un, mais plusieurs projets. Mais je peux d’ores et déjà vous dire que, quelle qu’en soit l’issue, nous n’arrêterons pas d’innover. Parce que je pense fondamentalement qu’innover, ce n’est pas toujours avoir une nouvelle idée. Innover, c’est aussi arrêter d’avoir une vieille idée!  

Propos recueillis en juillet 2017 
par Sabrina Funk, Secrétaire Général