Georges Reckinger

Georges Reckinger

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Georges Reckinger est tombé amoureux de son métier à l’âge de 14 ans, à l’occasion d’un stage qu’il a effectué au sein d’une entreprise artisanale. En 1992, il décide de créer, avec son épouse, la MENUISERIE RECKINGER SARL pour vivre de sa passion et donner vie aux idées et aux rêves de ses clients.

Monsieur Reckinger, l’Artisanat pour vous, c’est une passion ? 
Oui, c’en est une, parce que j’adore mon métier. A 14 ans, j’ai fait un stage dans une menuiserie, et j’ai tout de suite été fasciné par cette activité. On écoute le client et ses désirs, et on trouve les moyens pour réaliser ce qu’il souhaite. C’est très valorisant. 

J’ai donc choisi de suivre un apprentissage dans ce domaine, et je dois dire que mon patron a été formidable avec moi. Il m’a beaucoup appris. J’ai également obtenu mon Brevet de Maîtrise en travaillant auprès de lui. Cela m’a permis de voir comment une entreprise était capable d’évoluer, puisque je l’ai vu passer de 6 à 17 collaborateurs. Cela a été très formateur pour moi.

A un moment donné, je me suis néanmoins rendu compte que quelque chose dans ma tâche de contremaître me déplaisait : le fait de devoir sans arrêt me justifier tantôt auprès du client, tantôt auprès du patron ou des autres salariés. Je me retrouvais donc à toujours devoir rendre des comptes à différents interlocuteurs et je ne m’épanouissais plus. J’ai donc pris la décision de devenir mon propre patron et j’ai fondé mon entreprise avec mon épouse. J’emploie aujourd’hui 14 salariés, et nous faisons essentiellement de la menuiserie intérieure.

Au vu de votre parcours, peut-on dire que la transmission des savoirs est quelque chose d’important pour vous ?
Oui, effectivement, j’y attache beaucoup d’importance. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles j’ai choisi de me présenter aux élections de la Chambre des Métiers et que j’ai souhaité avoir une place au sein de son Comité. Je désire vraiment travailler sur l’apprentissage. 

Si je regarde sectoriellement et que je parle de ma branche, de mon métier, je dois dire que former un apprenti est extrêmement coûteux. Au vu des risques, et de la fragilité des machines et du matériel, il est nécessaire de placer un bon tuteur aux côtés de l’apprenti. Or, cela coûte de l’argent aux entreprises et malgré les différentes réformes, on constate que l’Etat ne se donne pas les moyens pour soutenir l’apprentissage, ce que je regrette vivement. 


«Nous voulons engager des apprentis, et nous voulons même le faire pour rien. En revanche, nous ne voulons pas devoir payer pour former.»


Vous savez, et je pense pouvoir également parler au nom de ma Fédération, l’Association des Patrons Menuisiers du Luxembourg, nous voulons engager des apprentis, et nous voulons même le faire pour rien. En revanche, nous ne voulons pas devoir payer pour former des jeunes, avec le risque qu’ils soient par la suite embauchés par les communes ou par l’Etat.

En m’engageant au sein de la Chambre des Métiers, qui se voit investie de missions légales ayant trait à la formation, j’espère pouvoir agir dans ce domaine. C’est une thématique qui me tient véritablement à c??ur. En témoigne la mise en place du BTS Bois, dispensé au Lycée Technique du Nord, à Wiltz, depuis trois ans et envers laquelle je me suis beaucoup investi.

Est-ce qu’il y a d’autres dossiers sur lesquels vous souhaitez travailler durant ces cinq années que durera votre mandat au sein du Comité de la Chambre des Métiers ? 
Oui, je pense que beaucoup de choses sont à faire au niveau du Droit du Travail, et notamment en ce qui a trait au détachement des salariés par certaines firmes étrangères qui viennent travailler illégalement au Grand-Duché. L’Inspection du Travail et des Mines ne fait pas de contrôle sur les chantiers, ou très peu. Je peux vous l’affirmer car je le constate moi-même. Du coup, elle compte sur la dénonciation des entreprises luxembourgeoises, qui doivent alors le faire à titre privé, en dévoilant leur identité, et cela n’est pas juste. Il faut que l’Etat agisse de manière indépendante.

Il sera aussi nécessaire de travailler sur la flexibilité du temps de travail. En effet, je pense que tous les chefs d’entreprises artisanales sont capables de gérer le temps de travail avec leurs salariés tout en respectant le Code du Travail. Parfois, un arrangement établi avec les collaborateurs leur donne le sentiment d’être mieux considérés. Ils n’en seront que davantage motivés. Il faut pouvoir donner les moyens aux entreprises de le faire.


«Je ne suis plus sûr que le congé collectif soit toujours d’actualité et je ne suis pas persuadé non plus que les salariés eux-mêmes souhaitent le maintenir.»


Par ailleurs, et de mon propre avis, il serait également temps de reparler du congé collectif. En effet, je ne suis plus sûr qu’il soit toujours d’actualité et je ne suis pas persuadé non plus que les salariés eux-mêmes souhaitent le maintenir. Je sais qu’il y a eu une raison historique à sa mise en ??uvre, et je la comprends. Mais je pense néanmoins qu’il serait à présent utile d’en rediscuter. 

Les thématiques pour ce mandat sont donc multiples, et je pense que ce nouveau Comité saura s’entendre et être entendu par le nouveau Président de la Chambre des Métiers. C’est en tout cas ce que j’espère. Et je sais qu’il y aura de quoi meubler les discussions ! 

Propos recueillis en juillet 2017 
par Sabrina Funk, Secrétaire Général