Luc Meyer

Luc Meyer

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C’est sous le surnom de «Hame-MEYER» que les entrepreneurs de sa famille sont désignés de génération en génération. Luc Meyer, le gérant actuel de la BOUCHERIE-SALAISONS MARCO MEYER SARL, plus grand producteur de jambons et de salaisons sur le territoire luxembourgeois, souhaite placer son entreprise sous le signe de la digitalisation.

L’entreprise que vous gérez est une entreprise familiale. Comment est née votre vocation personnelle ?
Ma vocation personnelle est justement née du travail accompli par mes aînés. Mon arrière-grand-père l’a reprise le 11 novembre 1918. A partir du 11 novembre de cette année, nous allons commencer à célébrer son centenaire. C’est une grande fierté pour moi.

Pourtant, je dois dire que je n’ai pas immédiatement voulu reprendre l’établissement. J’ai d’abord passé un bac économique, à Luxembourg, puis je me suis orienté vers un DUT en gestion d’entreprise. Or, à un moment donné, en voyant l’investissement des générations avant moi, et notamment celui de mon père dans cette société, je me suis dit que je ne pouvais pas laisser tomber tout cela. L’entreprise, c’est une affaire de c??ur. J’ai donc commencé à y travailler en 2000, et j’ai parallèlement passé mon brevet de maîtrise. 

Aujourd’hui, je suis fier de pouvoir en fêter le centenaire, et je vais en profiter pour faire des améliorations au sein du magasin, en le modernisant pour qu’il soit conforme aux nouvelles exigences des clients, qui souhaitent un service toujours plus rapide, dans un monde qui va toujours plus vite, mais aussi pour encore davantage améliorer la qualité des services que nous proposons. 


«L’entreprise, c’est une affaire de c??ur.»


Ainsi, un comptoir «chaud» sera installé à côté du comptoir «froid», l’îlot de préparation de nos sandwichs frais faits «à la minute», dont nous vendons environ 80000 unités à l’année, sera triplé, mais aussi et surtout, nous allons nous orienter vers la digitalisation, en créant un online-shop. En effet, nous constatons que de plus en plus, les temps de repos sont maximisés et optimisés, de sorte à ce que les courses doivent être faites rapidement et facilement.

Nous allons donc organiser un service de livraison à domicile des commandes effectuées sur internet, et nous allons mettre en place un drive, où les clients pourront venir eux-mêmes récupérer leurs commandes passées sur internet et préalablement préparées par nos soins.

La digitalisation est une thématique d’actualité pour l’Artisanat en général et pour la Chambre des Métiers en particulier. Est-ce pour cela que vous avez souhaité vous engager au sein du Comité, en tant que représentant de la section Alimentation ?
Oui, effectivement, la digitalisation est un point fondamental, mais ce n’est pas le seul. Vous savez, je suis un engagé de longue date, tant auprès de la Chambre des Métiers qu’auprès de la Fédération des Patrons Bouchers-Charcutiers, dont je suis le Président. L’engagement est quelque chose de très important pour moi, parce que je sais que l’union fait la force et qu’il y a énormément de travail à faire. Le monde tourne à une vitesse folle et il est difficile de savoir s’y adapter seul. Il faut discuter avec nos confrères, partager, échanger les expériences. Et savoir dire les choses qui sont nécessaires.

Dans mon secteur, qui est celui de l’Alimentation, les législations évoluent sans cesse dans l’intérêt de la protection des consommateurs. Nous sommes confrontés à des adaptations des règles en matière de sécurité de l’hygiène alimentaire ou encore en matière d’étiquetage, et les tâches administratives auxquelles nous devons nous soumettre ne sont pas gérables pour une PME de moins de dix personnes. Là est une partie des chantiers sur lesquels nous aurons à travailler au cours de mon mandat.

Je suis content de l’élection, à l’unanimité de tous les membres de l’Assemblée Plénière, du Président Tom Oberweis. Il est soutenu par toutes les branches de l’Artisanat, et il est en plus un membre du secteur que je représente. Je m’en réjouis, car cela va aussi donner une autre visibilité à nos métiers.

Vous constatez donc vous aussi que l’on souffre de cette mauvaise image qui «colle à la peau» des métiers de l’Artisanat. Vous en ressentez les conséquences ?
Malheureusement oui. Il y a très peu d’apprentis dans nos entreprises car très peu de jeunes décident de s’orienter vers le secteur. Et encore, il ne suffit pas de s’orienter vers l’Artisanat, il faut également être capable de réussir dans nos métiers. J’entends souvent que l’on souffre d’un sérieux manque de main d’??uvre, et c’est vrai. Mais j’ajouterais que l’on souffre surtout d’un manque de main d’??uvre qualifiée.


«On souffre surtout d’un manque de main d’??uvre qualifiée.»


J’ai l’impression que les lycées techniques sont devenus des écoles de la troisième chance. On y envoie ceux qui ne peuvent s’orienter ni vers une carrière étatique, ni vers une carrière universitaire. Or, il nous faut des gens compétents et motivés dans l’Artisanat ! Des gens qualifiés. Il y a un vrai travail à faire auprès des jeunes, mais surtout auprès des enseignants, pour qu’ils sachent qu’il y a de véritables perspectives de carrière, mais aussi des hauts salaires, dans l’Artisanat.

Il s’agit là encore d’un de nos défis à relever en tant qu’élus: repositionner la Chambre des Métiers par rapport à notre monde actuel mais aussi montrer les réalités et les opportunités que notre secteur offre. A ce sujet, et sans mauvais jeu de mots par rapport à mes sandwichs, je dirais qu’il y a là encore beaucoup de pain sur la planche.

Propos recueillis en juillet 2017 
par Sabrina Funk, Secrétaire Général