Nico Biever

Tom Oberweis

cdm

Nico Biever est à peine âgé de 24 ans lorsque, tel Obélix, il tombe abruptement «dans le chaudron», reprenant ainsi la gestion de SANICHAUFER SARL, fondée par son père en 1959. En 2017, il lance GENISTA SARL, née de la fusion de son entreprise de chauffage-sanitaire avec ELECTRO SECURITY SARL et placée sous le signe de la complémentarité des deux entités. Il vient d’être élu pour la seconde fois Vice-Président de la Chambre des Métiers.

Monsieur Biever, vous êtes né dans une entreprise familiale. Votre vocation première était-elle de la reprendre ?
Et bien, je dirais oui et non. Mon père a fondé l’entreprise SANICHAUFER SARL en 1959. Il ne m’a jamais poussé à être son successeur, mais il en a souvent parlé. 

J’avais suivi la filière classique au lycée, puis je me suis orienté vers l’Institut Supérieur de Technologie, où j’ai obtenu mon Diplôme d’Ingénieur Technicien en mécanique, en 1981. J’avais toujours comme option dans la tête de reprendre un jour l’entreprise familiale, ce d’autant plus que pendant mon adolescence, j’avais l’habitude d’y travailler pour gagner un peu d’argent de poche. J’ai appris à toucher à tout et cela me plaisait.

De ce fait, à 21 ans, après un stage fort concluant dans un bureau d’études, j’ai décidé d’intégrer l’entreprise. Malheureusement, mon père est décédé trois ans plus tard, et je me suis retrouvé à devoir gérer les 65 personnes que l’entreprise comptait à l’époque. Je n’y étais pas préparé.

Je ne vous cache pas que cela a parfois été difficile, mais je suis un homme de défis. J’ai énormément travaillé, j’ai mis beaucoup d’énergie dans l’entreprise et finalement, les résultats ont été concluants.

Est-ce à l’époque où vous avez repris l’entreprise que vous avez décidé de vous engager pour l’Artisanat ?
Vous savez, l’engagement chez nous, c’est une tradition. En effet, mon père était lui-même très engagé auprès la Fédération des Installateurs en Equipements Sanitaires et Climatiques. Il contribuait à l’époque aux réflexions relatives aux bordereaux normalisés pour le sanitaire.


«L’engagement chez nous, c’est une tradition.»


Je me suis investi dans cette continuité, et je dois dire que cela m’a beaucoup apporté, surtout car, comme je vous le disais, les débuts n’ont pas toujours été faciles. Je me suis en quelque sorte senti épaulé.

J’ai été Président de cette Fédération pendant 9 ans, et j’ai ensuite naturellement souhaité me porter candidat aux élections de la Chambre des Métiers.

Quelque chose de particulier vous a incité à vous présenter comme représentant de vos pairs au sein de la Chambre des Métiers ? 
Oui, ma fascination pour les métiers de l’Artisanat. Je suis impressionné et intéressé par toutes les activités du secteur, qui sont d’ailleurs souvent méconnues.

En ce sens, en m’engageant pour la Chambre des Métiers, j’avais l’opportunité de représenter et de défendre l’intérêt de tous ces métiers. Je suis un passionné de l’Artisanat. Je m’ennuierais, si je devais travailler pour une administration étatique, ou pour une banque. Un artisan peut voir ce qu’il a accompli, il peut se rendre compte de ce qu’il a réalisé. Je trouve cela formidable.

Vous savez, je suis content, lorsque je traverse le Boulevard Royal, de pouvoir me dire «Tiens, tu as aidé à réaliser cette maison» ou «Tu as contribué à la réalisation de ce bâtiment». C’est motivant et valorisant. 


«Il y a toujours une recherche créative chez les artisans.»


Et puis, il ne faut pas négliger le fait qu’un artisan travaille toujours sur quelque chose de différent. Tout est toujours très diversifié. Une maison n’est jamais la même qu’une autre, une coupe de cheveux est toujours différente en fonction des clients, les pâtisseries sont toujours réinventées, et j’en passe. Il y a toujours une recherche créative chez les artisans qui souhaitent rester compétitifs et attractifs

Vous venez d’être élu Vice-Président de la Chambre des Métiers pour la seconde fois. Qu’est-ce qui vous a motivé à «rempiler» ? 
Il y a en réalité plusieurs raisons. La première, c’est que j’ai toujours été engagé dans le domaine de la formation. Déjà au sein de ma Fédération, j’ai participé à la réforme du CATP, qui n’existait à l’origine qu’en allemand. Nous l’avons réécrit, nous avons introduit des nouveautés et nous l’avons proposé également en langue française. J’étais très content de cela.

C’est ainsi que tout naturellement, j’avais «pris en charge», si je peux m’exprimer ainsi, le volet de la formation lors de mon premier mandat au sein de la Chambre des Métiers. Je me suis beaucoup impliqué dans le dossier relatif à la réforme du DAP, ou plutôt devrais-je dire de la réforme de la réforme de la réforme du DAP. 

Il y a de bonnes choses qui ont été faites, mais la réforme n’est pas encore aboutie. Nous avons rencontré certaines difficultés, notamment parce que le système scolaire doit davantage jouer son rôle. Or, pour l’instant, nous sommes dans une situation où le chien aboie et la caravane passe. Je me suis représenté en tant que Vice-Président notamment pour finalement terminer ce que nous avons commencé.


«Nous sommes dans un système où les artisans sont jugés par l’échec et non par les compétences.»


Par ailleurs, je veux continuer à travailler à la promotion des métiers de l’Artisanat et surtout au changement de sa perception, tant vis-à-vis des jeunes et des parents que du grand public en général. Nous sommes dans un système où les artisans sont jugés par l’échec et non par les compétences. 

On ne dit pas à un jeune «Vu que tu sais faire cela, alors tu peux faire tel métier» mais au contraire «Vu que tu ne sais ni faire ceci, ni faire cela, alors tu ne peux faire que ce métier». C’est cette approche qu’il faut changer car elle est inacceptable. 

Nous avons déjà commencé à essayer de révolutionner cela, via le programme Hands Up de la Chambre des Métiers, qui vise à la valorisation et à la promotion des secteurs. Avec la création d’un nouveau service orienté «jeunesse», nous allons poursuivre notre démarche. Cela me tient particulièrement à cœur. 

Enfin, il faut savoir que l’Assemblée plénière et le Comité de la Chambre des Métiers ont fortement été renouvelés. Le Président n’est plus le même, et nous avons également un nouvel autre Vice-Président.

En me représentant à ce poste, je pouvais faire le lien entre les anciens et les nouveaux, et cela me semblait important. Il faut pouvoir être là pour les assister en cas de besoin, et leur communiquer les informations et les explications nécessaires afin qu’ils comprennent pourquoi nous avons pu agir de telle ou de telle manière sur tel ou tel dossier. Je suis en quelque sorte un «relais».

Et en tant que relais, justement, si vous deviez donner des pistes d’action aux nouveaux élus, quelles seraient-elles?
Sans hésiter, le travail sur la perception du secteur, dont je viens de parler, mais je suis persuadé que tous sont d’ores et déjà bien conscients de cela et que nous avons tous cette ligne de bataille en tête

Pour le reste, je pense qu’il est nécessaire de continuer à travailler à la réforme des brevets de maîtrise, car le monde change, et il faut que nous sachions changer avec lui. 

En ce sens, il faudra veiller à effacer les potentielles querelles qui pourraient exister entre les différents métiers. Il y aura certes toujours des spécialisations, et elles sont d’ailleurs indispensables. Mais beaucoup de choses sont communes, et il ne faut pas perdre de vue l’essentiel: savoir s’adapter aux nouvelles demandes des clients, qui veulent toujours être satisfaits dans un laps de temps toujours davantage plus court. 


«Le monde change, et il faut que nous sachions changer avec lui.»


Par ailleurs, je ne peux pas ne pas évoquer la «digitalisation», même si je dois avouer que ce terme ne me plait pas vraiment. Je le trouve trop vague, ou trop vaste. Il veut finalement tout dire et ne rien dire. 

Ce qu’il convient là encore de retenir, c’est que le monde évolue et qu’il est fait d’un ensemble considérable de nouvelles technologies. Et l’Artisanat doit penser à utiliser tous les outils qui sont mis à sa disposition.

Vous savez, il y a des tas de défis que notre secteur se devra de relever dans les prochaines années, et je suis persuadé que nous y arriverons. Les entreprises artisanales sauront s’adapter, car les artisans ont envie de continuer à vivre de leur passion. Car comme je le dis toujours, derrière les murs de chaque bonne société, il y a toujours un passionné de l’Artisanat, une personne pleine de talent, d’énergie et de… génie. 

Propos recueillis en juillet 2017 
par Sabrina Funk, Secrétaire Général