Tom Oberweis

Tom Oberweis

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Tom Oberweis a tout juste deux semaines lorsque ses parents ouvrent leur pâtisserie, en 1964. Chez lui et son frère Jeff, la passion semble s’être transmise par le sang et le chocolat couler dans leurs veines. Rencontre avec le nouveau Président de la Chambre des Métiers, élu en juin 2017 à la succession de Monsieur Roland Kuhn.

Monsieur Oberweis, avant que nous parlions de votre mandat et des défis qu’il conviendra de relever au cours de celui-ci, pouvez-vous revenir sur votre parcours professionnel et sur la manière dont vous avez rejoint l’Artisanat ? 

Bien sûr. Je suis né le 15 janvier 1964. Le 1er février de la même année, soit quinze jours plus tard, mes parents ont ouvert leur première pâtisserie au Limpersberg. Je suis donc «tombé dans le moule!» Très vite, dans la mesure où j’aidais mes parents dans l’entreprise, j’ai pris la décision d’apprendre le métier de pâtissier et chocolatier, puisque ces domaines me passionnaient. Après mes études au Lycée de garçons à Luxembourg, j’ai fait mon apprentissage à la Maison Fresson à Jarny. Par la suite, j’ai fait mes armes en Belgique, chez Wittamer, puis j’ai œuvré encore environ une année en Allemagne, avant de revenir au Luxembourg en 1990. 

Ces expériences à l’étranger ont été très formatrices, puisqu’elles m’ont appris tant le travail minutieux et méticuleux que le respect du rythme et des cadences soute-nues. J’ai intégré l’entreprise familiale dès mon retour, et j’ai obtenu mon Brevet de Maîtrise de Pâtissier-Confiseur en 1991. Très vite, mon père nous a laissé, à mon frère et moi, beaucoup de latitude dans l’entreprise, ce qui nous a amenés à plani-fier notre laboratoire à la Cloche d’Or. 

La transmission des techniques et des saveurs est donc allée de pair avec la transmission progressive de la gestion de l’entreprise. Aujourd’hui, combien comptez-vous de collaborateurs et comment vous définiriez-vous en tant que «patron»? 

Nous employons aujourd’hui 390 personnes, soit environ quatre fois plus qu’il y a 25 ans. 180 sont recensées en production, une vingtaine constitue le personnel administratif et l’autre partie des collaborateurs est répartie au sein des cinq magasins que nous exploitons. 

Dans la mesure où il est difficile de se juger soi-même, je pense que c’est à eux qu’il faudrait poser la question de la manière dont ils me perçoivent. Je dirais que j’essaie d’être un patron impliqué, et en ce sens proche du personnel. J’essaie de les connaître, et si j’en ai l’occasion, de leur donner de petites astuces, ou des conseils dans la fabrication. Je suis aussi présent dès que je le peux, car j’aime ça. Ainsi, tous les samedis à 3h, je m’occupe encore moi-même du four. Parce que ça me plaît. Certes, je n’ai plus le temps d’être toujours en production, mais il y a des choses que je fais ou que je tiens à faire, comme les confitures par exemple. C’est également important pour la crédibilité à l’égard du personnel et pour que les collaborateurs sachent qu’ils sont considérés et qu’on s’intéresse à leur travail. 


«Tous les samedis, à 3h, je m’occupe encore moi-même du four. Parce que ça me plaît.»


Par ailleurs, nous avons mis en place un comité de dégustation, composé d’un échantillon de membres du personnel, dont le but est celui de décider quels nouveaux produits seront ou ne seront pas mis en production. Ainsi, les décisions sont prises dans le consensus, car je suis persuadé qu’imposer les choses ne fait pas avancer l’entreprise mais crée un climat conflictuel. 

J’essaie aussi de leur transmettre ce que mon père m’a transmis : la considération témoignée par les clients en nous commandant des belles pièces. C’est un honneur de réaliser des créations pour la remise du Brevet de Maîtrise, ou pour la Cour Grand-Ducale, de la même manière que c’est un honneur d’avoir obtenu le label « Fournisseur de la Cour » en 1999. Néanmoins, je dis toujours, que ce soit le gâteau de mariage du Prince Guillaume ou tout autre gâteau de mariage, il faut y mettre la même implication et la même passion. 

Et cette passion justement, comment conduit-elle à l’engagement vers lequel vous avez décidé de vous tourner? 

Dès que j’ai obtenu mon Brevet de Maîtrise, j’ai repris la place qu’occupait mon père au sein du Comité de la Fédération des Patrons Pâtissiers-Chocolatiers, Confiseurs et Glaciers. J’en suis le Président depuis dix ans. Cet engagement a toujours eu beaucoup d’importance pour moi, parce que je connais l’importance des Fédérations. Elles permettent de donner de la visibilité aux métiers, de les faire connaître et surtout de les rendre attractifs. J’ai d’ailleurs toujours veillé à organiser des événements pour la promotion des activités que ma Fédération représente. Les Fédérations sont également consultées par la Chambre des Métiers, qui est l’institution représentative du secteur, et dont la mission légale est celle de la défense, de la représentation et de l’articulation des intérêts de l’Artisanat, ce qui est très valorisant.

C’est dans cette lignée que j’ai souhaité m’engager auprès de la Chambre des Métiers en présentant ma candidature lors des élections du mois d’avril 2017. Une fois élu, j’ai saisi l’opportunité de pouvoir me proposer comme Président de la Chambre, et c’est avec beaucoup de fierté et de reconnaissance que j’ai remercié les membres de l’Assemblée Plénière constituante de m’avoir nommé à ce poste à l’unanimité. 


«Je suis le Président de la Chambre des Métiers, mais je veux être un Président fédérateur.»


Même si le rôle de la Chambre des Métiers est bien différent de celui des fédérations, je n’oublie pas d’où je viens. Je suis donc le Président de la Chambre des Métiers, mais je veux être un Président fédérateur. En ce sens, je tiens à conserver ce lien précieux qui existe entre la Chambre des Métiers et la Fédération des Artisans. Nous, en tant que Chambre des Métiers, avons besoin de la Fédération des Artisans, et la Fédération des Artisans a besoin de nous. Il est donc primordial de travailler «main dans la main.»

Revenons un instant sur cette notion de «lien», que vous évoquez. En la matière, la Chambre des Métiers cherche la proximité avec les entreprises. En ce sens, quels seront vos défis prioritaires à ce sujet ?

Pour paraphraser un slogan célèbre dans l’un de nos pays voisins, je dirais que nous sommes «en marche!» vers la révolution digitale. Si celle-ci offre des opportunités certaines pour l’Artisanat, force est de constater qu’elle peut aussi présenter des dangers. L’une des priorités de mon mandat sera donc de sensibiliser et d’informer les entreprises en la matière. 

C’est d’ailleurs dans cette optique que le Pakt Pro Artisanat a été signé avec le Gouvernement. La mise en œuvre effective de celui-ci se fera dès le mois d’octobre 2017, par la création d’une cellule «digitalisation dans l’Artisanat». Les collaborateurs qui ont été engagés à ces fins par la Chambre des Métiers auront pour mission de guider et de conseiller concrètement les entreprises, via une présence sur le terrain. Les interventions seront modulables, en fonction des particularités et des besoins des entreprises intéressées. 

En parlant de «besoins», quels sont les grands chantiers pour lesquels vous estimez qu’il y a un besoin d’intervention, au sens où il est indispensable de mettre en œuvre des actions dès à présent et sans attendre ? 

Sans hésiter, je dirais qu’il est nécessaire d’intervenir immédiatement auprès des jeunes. Il faut leur faire découvrir tous les nombreux métiers artisanaux qu’ils ne connaissent pas, ou qu’ils connaissent mal. Il faut les informer, leur indiquer que des perspectives de carrière réelles existent dans l’Artisanat, qui leur permettra en outre de vivre de leur passion. Il faut cesser de procéder à une orientation par l’échec vers l’Artisanat, et ce à cause d’une désinformation. 

Il me tient à cœur de rendre l’Artisanat vers l’extérieur plus intéressant. La Chambre des Métiers a déjà commencé sa promotion des métiers de l’Artisanat par le biais de sa campagne Hands Up et y contribuera plus activement, notamment par une présence plus poussée dans les écoles et les lycées, dès le mois de janvier 2018, par la mise en œuvre effective de son nouveau service de sensibilisation «Jeunes et Perspectives dans l’Artisanat».


«Il me tient à cœur de rendre l’Artisanat vers l’extérieur plus intéressant.»


La Chambre des Métiers mène d’ores et déjà bon nombre d’initiatives conduisant à la visibilité du secteur. Je peux citer en ce sens l’exemple de l’Association sans but lucratif De Mains de Maîtres, à l’égard de laquelle la Chambre des Métiers a le privilège d’agir en collaboration avec SAR le Grand-Duc héritier Guillaume et SAR la Grande-Duchesse héritière Stéphanie. Cette association a pour objet la promotion et la valorisation des métiers d’art au Grand-Duché de Luxembourg, ainsi que la transmission et le perfectionnement du savoir-faire auprès des artisans et des jeunes générations afin de soutenir les talents déjà affirmés et de susciter de nouvelles vocations dans l’Artisanat d’art. L’attribution d’une ou de plusieurs bourses à l’attention des artisans luxembourgeois ou résidant au Luxembourg est envisagée en ce sens. 

La Chambre des Métiers contribue à l’innovation dans l’Artisanat et la rend ainsi plus visible. Je citerais comme exemple le concours «The Hands of Innovation», le Prix de l’Innovation dans l’Artisanat 2017. Cinq catégories (Produit / Service / Design, Processus de production, Internationalisation, Marketing et Communication, Gestion / Organisation / Management) ont été créées afin de guider les candidats à identifier leur innovation dans leur entreprise. Dans chacune des cinq catégories seront nominés deux candidats, qui seront dévoilés début octobre 2017 et resteront en duel pour le Grand Prix. [La cérémonie de remise a eu le 23 novembre 2017 et la société Annen plus a remporté le Grand Prix, ndlr. - Lire la news à ce sujet].

Vous souhaitez donc être un Président qui travaille à la visibilité des métiers du secteur. Est-ce que vous avez d’autres ambitions particulières durant ce mandat ? 

Il est peut-être encore un peu tôt pour le dire. Néanmoins, vous l’aurez compris avec la description de la manière dont je procède dans mon entreprise, je suis un homme qui privilégie le consensus. En ce sens, que ce soit tant avec les autres élus, à l’Assemblée plénière ou au Comité de la Chambre, qu’avec la Direction de la Chambre des Métiers, je souhaite privilégier le dialogue, et permettre à tout un chacun de s’exprimer. 


«Je souhaite privilégier le dialogue.»


Je pense qu’il est fondamentalement essentiel que les entrepreneurs s’investissent et donnent leur opinion, car elle est précieuse. Elle est même le gage de la pertinence des positions de la Chambre des Métiers dans le débat démocratique.

Par ailleurs, si l’on parle d’ambitions, j’ai la volonté d’apporter des améliorations au système de la formation initiale en vigueur depuis la réforme de 2008, de continuer à réformer le Brevet de Maîtrise – mais aussi de moderniser sa cérémonie de remise -, d’optimiser l’offre de formations continues dans l’Artisanat par une collaboration structurée avec les centres de compétences sectoriels mais aussi d’élargir l’offre de formations supérieures.


«Je soutiens l’effort de modernisation de l’institution Chambre des Métiers.»


Je soutiens également l’effort de modernisation de l’institution Chambre des Métiers initié sous le mandat de mon prédécesseur, et mené par la Direction générale avec la contribution de l’ensemble de ses collaborateurs. Il en va ainsi de la mise en œuvre de la vision de la Chambre, par l’adoption d’une stratégie nouvelle et du respect d’un plan d’action, qui est en cours d’implémentation. 

Pour conclure, je souhaite qu’à la fin de mon mandat, les métiers techniques en général et les métiers manuels en particulier soient appréciés à leur juste valeur au sein de la société. Ce serait la cerise sur le gâteau ! 

Propos recueillis en juillet 2017 
par Sabrina Funk, Secrétaire Général