Les visages de l’Artisanat - De la mélodie à l'harmonie pop-rock...

Mon entreprise Publié le 02 août 2018 Retour
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Afin de montrer la diversité des métiers qui composent l‘Artisanat, mais aussi de les faire découvrir aux jeunes, dans la continuité de son programme Hands Up de promotion des activités du secteur, la Chambre des Métiers propose la publication d‘interviews réalisées lors de visites d‘entreprises. La première série consiste en une mise en lumière des métiers des productions audiovisuelles (image, son, accessoires, etc.).

C’est au sein de son studio d’enregistrement que Charles Stoltz nous reçoit, dans l’univers confiné de ses locaux insonorisés. Ambiance décontractée pour cette rencontre avec ce jeune musicien de 31 ans, créateur de la société HOLTZ SARL, ingénieur du son, producteur de musique et compositeur à ses heures.

Vous nous recevez aujourd’hui dans votre propre studio, qui semble être un bel accomplissement de votre carrière. Si vous deviez vous définir professionnellement, en quelques mots, que diriez-vous ?

Je vous dirais que je suis un ingénieur du son, mais aussi et avant tout un musicien. Je suis guitariste, j’ai fait le conservatoire. J’ai passé un Bac F, ici au Luxembourg, dans la section «musique». Je savais que je voulais faire du son et s’offrait à moi la possibilité soit de devenir un ingénieur du son, soit un musicien professionnel. Dans la mesure où j’ai toujours été intéressé par la technologie, je me suis orienté vers le métier d’ingénieur du son. J’ai alors choisi de suivre un cursus londonien, puisque la profession n’était pas vraiment reconnue, ici, à l’époque. Et je ne souhaitais pas suivre de parcours dans l’événementiel.

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Photo:Marion Dessard

Le fait d’être musicien, cela sert pour être ingénieur du son ?

Oui, cela aide, surtout si, comme moi, on enregistre de la musique. On peut ainsi échanger avec les musiciens, ils nous comprennent mieux, et peut-être aussi que l’on gagne davantage en respect et en crédibilité. Cela me permet aussi de reconnaître si un problème provient d’un micro, ou s’il provient d’un instrument, ou si au contraire il s’agit d’un problème musical d’ensemble. J’ai l’oreille, en fait, comme on dit dans le métier.

Est-ce que vous avez directement fondé votre entreprise une fois vos études terminées ?

Non, pas immédiatement. Quand je suis revenu de Londres, j’ai travaillé en tant que free-lance, dans des salles de concert. Avec un ami, Jacques Hoffmann, nous étions en charge de la sonorisation. Après deux années à travailler ensemble, nous avons décidé de nous associer. C’est là qu’est née l’entreprise HOLTZ SARL, il y a neuf ans à présent.

Alors justement, que fait exactement l’entreprise HOLTZ SARL ? Qu’est-ce que vous enregistrez ?

J’enregistre de la musique, et uniquement de la musique. Mes clients sont essentiellement des groupes, de pop ou de pop-rock. Il arrive aussi que des groupes de jazz me contactent, même si j’avoue qu’il est un peu difficile de les satisfaire, puisque je manque de place pour enregistrer ce type de musique. Le jazz nécessite souvent la présence d’un piano et il me faudrait un espace plus grand pour pouvoir le faire. Je ne l’exclus pas pour l’avenir, mais pour l’instant mes locaux ne me le permettent pas.

Vous ne faites qu’enregistrer ? Vous n’ajoutez jamais votre touche personnelle ?

Cela dépend. Il y a en fait deux façons de travailler. Soit j’agis comme un photographe, dont le but serait celui de prendre une photo de la musique. Il faut alors placer les micros, vérifier l’harmonie et l’entente au sein du groupe et attendre le bon moment pour appuyer sur le bouton qui réalisera le cliché. C’est en fait le travail de l’ingénieur du son. Soit au contraire, je prends la casquette de « producteur-créatif » d’un projet, c’est-à-dire que je vais procurer une aide musicale et créative aux groupes. Je vais donner mon avis, fournir des conseils, et travailler avec eux en profondeur sur la musique. J’essaie en fait de mettre à leur disposition mon savoir-faire et mon expérience. Cela dit, je dois dire que d’une manière générale, même si je ne suis pas le producteur des groupes qui viennent enregistrer dans mon studio, si je constate qu’il y a un problème sur la musique, je le dis toujours. La technique peut être parfaite, mais si les notes jouées ne suivent pas, le rendu ne sera pas bon.

Et au niveau du produit final, ce que vous réalisez, ce sont des albums, des CD ?

Oui, c’est cela, même s’il faut reconnaître que les temps changent. Les CD disparaissent, et il y a de ce fait un grand changement quant à la manière d’acheter – ou de ne pas acheter – la musique. Néanmoins, il faut toujours la produire. Et la manière de produire a également changé. Je n’ai plus de grande table de mixage par exemple. Tout est plus facile aujourd’hui. On peut tout faire avec un ordinateur, ce qui n’était pas le cas auparavant. Cela revient donc aussi moins cher de produire un CD, même si cela n’est pas en adéquation avec le prix que l’on dépense pour acheter de la musique.

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Photo:Marion Dessard

Est-ce que vous diriez que cela décourage les groupes ? Et qu’en conséquence ils hésitent à venir enregistrer chez vous ?

Il y a 4-5 ans, quand les CD ont vraiment commencé à disparaître, j’ai eu un peu peur, et je me suis interrogé sur la question de savoir s’il faudrait encore des studios dans le futur. Mais je constate que les gens continuent à venir ici. Les musiciens ont besoin d’un studio pour toutes les choses qu’ils ne peuvent pas faire chez eux. Ils ont besoin de matériel, de locaux insonorisés. C’est indispensable. Vous savez, je peux refaire un parallélisme avec la photographie. Tout le monde peut faire une belle photo avec son smartphone, mais ça ne remplacera ni la technique ni l’éclairage que sait mettre à disposition le photographe professionnel. Il s’agit exactement de la même chose pour moi : au studio, j’ai le matériel qu’il faut pour que le produit final soit bon.


« A chaque fois que j’allume la radio, et que j’entends un morceau de musique que j’ai enregistré chez moi, dans mon studio, je suis très fier. C’est génial d’avoir un suivi, d’entendre ce que l’on fait, et de savoir que cela profite à tous les auditeurs. »


Ce matériel, ou les instruments que vous possédez, vous les mettez aussi à disposition ?

Oui, cela m’arrive assez fréquemment. J’ai du stock, plusieurs batteries, des amplis. J’en loue parfois à des salles de concert, qui en ont besoin pour les groupes qui viennent de loin et n’ont pas pu se déplacer avec leur matériel. Le business dans la musique est finalement très particulier, parce qu’on ne fait pas forcément au premier coup d’oeil la différence entre un musicien, un producteur, un ingénieur du son, ou celui qui va mettre du matériel à disposition. En ce qui me concerne, je porte toutes ces casquettes.

Si on en revient aux supports, avec quoi alors les artistes repartent-ils, une fois qu’ils ont enregistré chez vous ?

Avec un fichier numérique, .WAV ou .MP3. Je leur confectionne les .MP3 moi-même, car je tiens à la qualité de ce qui sort de mon studio. Ces fichiers s’ouvrent ensuite à l’aide de n’importe quel logiciel. Pour le reste, je suis en train de réfléchir à acquérir une machine à bandes, comme à l’époque, mais j’hésite à cause du prix, qui est assez élevé. Néanmoins, cette technique a un avantage non négligeable : elle ne permet pas de tricher. Avec un ordinateur, tout se corrige. Or, une bande ne trahit pas. C’est comme si vous faisiez une photo. Mais sans filtre. Et sans Photoshop. Et c’est cela qui me plaît.

Mise à part toute la maîtrise technique, quelle qualité est-il selon vous nécessaire de posséder, pour faire votre métier ?

Sans hésiter, je dirais l’empathie. Il faut savoir se mettre à la place des clients, les comprendre, calmer leur nervosité le cas échéant, mais aussi leur dire honnêtement les choses. On ne peut pas dire qu’un morceau est parfait s’il ne l’est pas. Néanmoins, il faut savoir faire preuve de diplomatie. Je n’ai qu’un seul objectif, qui est celui d’aider les artistes, dans le but de rendre leur travail meilleur. Et souvent d’ailleurs, je dois dire que même s’ils ne le font pas tout de suite, après coup, ils finissent par me remercier pour ma franchise

Aujourd’hui, est-ce que votre clientèle de groupes musicaux vous suffit, ou est-ce que vous avez besoin de vous diversifier, en enregistrant autre chose que de la musique pure ?

J’ai la chance de pouvoir dire que ma clientèle me suffit, et qu’elle me permet de vivre. Les musiciens viennent de Luxembourg, mais aussi de France, de Belgique, d’Allemagne… Ce qui me sert, c’est justement ma spécialisation dans la musique. On m’a déjà demandé de faire de la publicité, mais je recommande toujours mes confrères, qui font le job beaucoup mieux que moi, tout simplement parce qu’en ce qui me concerne, cela ne m’intéresse pas. Je profite aussi du fait qu’au fil du temps, j’ai acquis un petit nom sur la scène musicale. Tout fonctionne dans ce milieu au bouche-à-oreille. Je ne fais d’ailleurs jamais de publicité pour mon entreprise : la musique qui sort de mon studio est en fait à elle seule mon produit publicitaire.

Vous semblez véritablement passionné par ce que vous faites. Cette passion justement, comment est-elle née ?

Mes parents sont de véritables passionnés de musique. Du plus loin que je me souvienne, il y avait toujours de la musique dans la maison, on y dansait beaucoup. Je ne me rappelle même plus comment cela a démarré, pour être tout à fait honnête, mais j’ai l’impression d’être né avec. Je ne saurais pas quoi faire, s’il n’y avait pas la musique. J’aime l’écouter, j’aime l’enregistrer, j’aime la jouer, j’aime l’écrire. Très jeune déjà, j’avais un petit studio « amateur » chez moi, dans le grenier de mes parents. J’enregistrais avec des copains, puis pour des copains.

Qu’est-ce que vous diriez aux jeunes qui auraient une passion similaire à la vôtre ?

Je leur dirais de faire des stages, de faire beaucoup de stages, pour vraiment voir ce que c’est, que ce métier, et si c’est vraiment conforme à ce qu’ils imaginent. Ce qu’il faut, c’est être véritablement passionné par la musique au sens large, c’est-à-dire par toute la musique et pas seulement par un style de musique. Je serais aussi très encourageant à leur égard, en leur disant que si leur entreprise personnelle ne fonctionne pas, vu qu’ils seront ingénieurs du son, ils retrouveront toujours un travail par la suite et sauront rebondir quelque part dans ce milieu. Je voudrais leur dire aussi que s’établir en tant qu’indépendant confère une liberté formidable pour l’exercice de ce métier, vu que l’on travaille avec des artistes, et que les artistes ont une manière particulière de fonctionner, ne serait-ce qu’au niveau de l’aménagement de leurs horaires. Le fait d’avoir mon propre studio me permet de leur offrir cette flexibilité. Et puis enfin, j’insisterais sur le fait qu’il ne faut pas qu’ils hésitent à prendre des initiatives, à voyager, à se donner à fond dans leur travail. Et qu’ils aient non seulement de la passion, mais aussi de la patience. Il ne faut pas vouloir aller plus vite que la musique.

 

Propos recueillis en février 2018 
par Sabrina Funk, Secrétaire Général

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