Propositions politiques de l’Artisanat par le Président de la Chambre des Métiers Tom Oberweis

Chambre des Métiers Publié le 30 octobre 2018 , par Chambre des Metiers Retour
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L’Artisanat « construit l’Avenir » et se voit comme un partenaire du futur Gouvernement.

Quelques jours avant le début des négociations de coalition, la Chambre des Métiers et la Fédération des Artisans ont pu communiquer leurs propositions à Monsieur Xavier Bettel, Formateur du futur Gouvernement issu des élections législatives du 14 octobre 2018. Nous avons demandé au Président de la Chambre des Métiers Tom Oberweis d’expliciter quels sont les constats et propositions prioritaires de l’Artisanat à l’adresse du futur Gouvernement.

 

Monsieur Oberweis, quel est l’objectif poursuivi par la Chambre des Métiers et la Fédération des Artisans auprès des délégations réunies en négociation de coalition ?

Dans le document remis au Formateur, nous avons esquissé les atouts de l’Artisanat, acteur majeur de l’économie et de la société luxembourgeoise, synonyme de pérennité, de stabilité, vecteur d’intégration socio-économique et du développement durable, premier employeur et première « entreprise » formatrice. Ceci étant, l’Artisanat se comprend comme force de proposition à l’adresse du futur Gouvernement.

Nous nous attendons dans les années à venir à une politique réfléchie et courageuse, capable de poser les jalons pour un développement harmonieux de notre modèle économique et social, en anticipant à temps les mutations en cours ou à venir.

Dès lors, les deux organisations de l’Artisanat souhaitent une politique visant à renforcer le secteur. En effet, un Artisanat solide, soutenu par le Gouvernement pour pouvoir relever les défis d’aujourd’hui et de demain, est l’un des gages d’un développement économique et social durable et équitable.

Dans cette optique, nous nous proposons comme des partenaires privilégiés de la politique, notamment au travers la dynamique de sensibilisation et d’accompagnement par le biais de mesures d’envergure (p.ex. « Pakt PRO Artisanat plus ») et d’initiatives innovatrices dans le domaine du développement durable (efficience énergétique, énergies renouvelables, économie circulaire, construction durable).

Quelle est la position défendue par l’Artisanat en rapport avec une future politique PME, voire artisanale, sous la responsabilité d’un ministère de l’Economie ?

Au cours de la législature qui vient de s’achever, le secteur des « classes moyennes » et par conséquent l’Artisanat, était rattaché au Ministère de l’Economie. La Chambre des Métiers et la Fédération des Artisans n’entendent pas interférer dans la décision du futur Gouvernement appelé à décider s’il maintient la logique d’un ministère de l’Economie regroupant tous les secteurs économiques ou s’il souhaite dédier un ministère spécifique, comme dans le passé, aux PME constituant l’épine dorsale de notre économie.

Ce qui est essentiel à mes yeux, c’est que nous ayons un interlocuteur politique, que ce soit via la fonction de Secrétaire d’Etat ou via la fonction d’un Ministre délégué, disposant d’un pouvoir décisionnel dans des dossiers politiques stratégiques concernant les PME.

Quelles sont les propositions prioritaires contenues dans le document communiqué au Formateur ?

Si le rôle de l’Artisanat dans la société luxembourgeoise est substantiel, surtout de par l’augmentation de la qualité de vie des citoyens au quotidien via des prestations individualisées et produits de qualité, les défis auquels le secteur se voit confronté sont toutefois considérables, notamment la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, le manque de sites d’implantation, l’augmentation de la concurrence sur les marchés nationaux, l’intégration de nouvelles technologies (e.a. digitalisation), la « complexification » du cadre légal et réglementaire, la disponibilité de ressources limitées, voire les exigences de la clientèle et nouvelles tendances auprès des consommateurs.

Malgré tous ces défis, l’Artisanat voit dans la dynamique créée par l’innovation, notamment l’éco-innovation et le dossier énergétique, et les nouvelles technologies une chance réelle pour l’avenir, qu’il importe de favoriser via un cadre politique proactif.  Dès lors, il est plus que jamais nécessaire que les efforts de promotion des activités artisanales au Luxembourg soient reconnus, encouragés et soutenus par la politique.

Pour positionner l’Artisanat dans ce contexte politique, les deux organisations de l’Artisanat font des propositions politiques réparties dans 6 grands domaines, permettant de relever les défis précités et considérés comme essentiels pour l’Artisanat et l’avenir de notre pays. [voir à ce sujet l’encart ci-après reprenant les propositions et mesures prioritaires de l’Artisanat]

L’Artisanat a toutefois défini certaines « lignes rouges », à savoir des initiatives discutées par les partis qui entraveraient la bonne marche des PME ou mettraient même en péril les entreprises, notamment celles de taille réduite : la réduction du temps de travail (« 38-Stonne-Woch »), le congé parental plus, la semaine de congé supplémentaire, etc.

Vous revendiquez auprès du Gouvernement de « renforcer l’Artisanat, sa forme et son fond ». Quel est votre plaidoyer ?

L’Artisanat est synonyme d’un modèle économique qui est réel, responsable et durable. Bref un modèle pour une société moderne et solidaire.

Nous vivons dans une société confrontée au changement permanent et à des incertitudes, raison pour laquelle les gens ont besoin de repères, de structures et d’orientation. Celui qui détruit des structures, qui remet en cause les liens qui existent au sein de notre société, risque son « atomisation » et renforce les incertitudes. Victor Hugo, avait déclaré une fois : « La forme, c’est le fond qui remonte à la surface ». Cette affirmation correspond parfaitement à l’Artisanat. Ses entreprises, ses salariés, ses apprentis, ses patrons-formateurs, ses tuteurs en entreprise constituent le fond. Ses institutions, la Chambre des Métiers, la Fédération des Artisans et la Mutualité des PME sont sa forme.

Il est par conséquent impératif de renforcer l’Artisanat, sa forme et son fond. En d’autres termes, consolider ce qui existe et ce qui fonctionne.

La Chambre des Métiers a développé depuis 2016 une vision originale à travers une stratégie à long terme qui commence à porter ses fruits. Vu le poids du secteur, elle demande au Gouvernement de renforcer sa légitimité ?

La Chambre des Métiers croit dans le modèle Artisanat et investit dans son avenir à travers une modernisation de ses structures s’inscrivant dans la vision suivante: « institution partenaire de référence, indépendante, au service des entreprises de l’Artisanat et de la société, moteur du développement durable et de l’innovation ».

Ainsi, dans le cadre de la mise en œuvre de sa nouvelle stratégie, elle investit résolument dans l’avenir avec la mise en place d’actions et d’initiatives pour préparer le secteur aux défis de demain : la campagne Hands Up, le nouveau Service « Perspektiv Handwierk », la réforme en profondeur du Brevet de Maîtrise et du « life long learning », le Service « eHandwierk », l’élargissement de la palette de services de Contact Entreprise à destination des créateurs et repreneurs d’entreprises pour ne citer que ces quelques exemples.

Le secteur dispose par ailleurs d’une voix forte et constructive qui à travers ses propositions, études et enquêtes, ses avis sur des projets de loi et de règlements grand-ducaux apporte une précieuse contribution au débat socio-économique et politique.

Il s’agira de renforcer la légitimité de la Chambre des Métiers.


LES PROPOSITIONS ET MESURES PRIORITAIRES POUR L’ARTISANAT

Perspectives et carrières dans l’Artisanat : un parcours de formation performant est essentiel pour assurer la pérennité et le développement du secteur (notamment promotion de la formation professionnelle et de la carrière Artisanat, orientation scolaire et professionnelle, Brevet de Maîtrise, « Lifelong learning », promotion et sensibilisation aux métiers artisanaux – « Perspektiv Handwierk », etc.)

Pour un entrepreneuriat durable : Réalisation d’une réforme du droit d’établissement

Un soutien performant aux entreprises artisanales innovantes (notamment une mise en œuvre d’un régime d’aide aux PME plus clair et plus volontariste au profit de toutes les activités artisanales, l’introduction d’un nouveau « régime sécurité et qualité alimentaire », de nouveaux instruments spécialisés par la SNCI et d’une réserve immunisée d’impôts, l’extension du soutien en termes d’assistance et de guidance des entreprises artisanales, entre autres dans les domaines « digitalisation », « innovation / créativité »  et « internationalisation », etc.)

L’Artisanat – un acteur important du développement durable (notamment le développement, d’une part, d’initiatives favorisant la croissance durable de l’Artisanat tout en impactant positivement sa productivité ainsi que, d’autre part, d’une politique offensive en matière de changement climatique en partenariat avec l’Artisanat, la mise en œuvre de la stratégie post-Rifkin en association étroite avec l’Artisanat, etc.)

Une Chambre des Métiers forte, une plus-value pour l’Artisanat : Renforcement de la légitimité de la Chambre des Métiers

Aménagement du territoire, logement, mobilité, infrastructures et sites d’implantation (notamment la mise à disposition de site d’implantation et d’infrastructures, comme p.ex. des décharges pour déchets inertes, une politique de stimulation de l’offre de terrains et de logements, via un mix de 18 mesures individuelles proposées)

Digitalisation et connectivité des entreprises artisanales (notamment un soutien financier rendant les entreprises plus performantes en matière d’investissements et de formations continues dans le contexte transition digitale, une prise de mesures politiques durables afin de garantir un « level playing field » face à l’ubérisation, une politique d’accès aux données garantissant les intérêts des entreprises artisanales, etc.)

Achèvement du marché intérieur et Grande Région (notamment l’assurance du respect des mêmes règles par les différents acteurs actives sur le marché national et un soutien renforcé des entreprises artisanales à l’internationalisation, etc.)

Etat moderne, équitable, garant de l’égalité des chances (notamment la création d’un véritable statut de l’indépendant et le traitement équitable des salariés et des indépendants, l’adoption d’un « réflexe-PME » dans la conception des lois, la modernisation structurelle de l’Etat en tant que prestataire au service des entreprises et des citoyens (simplification administrative, accélération / dématérialisation des procédures, etc.), la mise en œuvre d’un « Guichet Unique Intégré », l’utilisation des moyens prévus par la législation des marchés publics pour garantir l’accès des PME à ces marchés, la révision et modernisation des législations sur l’organisation du temps du travail, etc.)

Finances publiques durables, sécurité sociale soutenable (notamment la priorisation des dépenses d’investissement d’avenir - éducation, formation, innovation – et le maintien des taux de cotisation au niveau actuel dans une perspective de pérennisation de la compétitivité-coût de l’économie, etc.)


 

L’Artisanat – Acteur majeur de l’économie et de la société luxembourgeoise

A une époque de forts changements, l'Artisanat a encore gagné en importance ces dernières années.

Constitué de plus de 7.300 PME soit 22 % des entreprises du Grand-Duché, il offre quelque 92.000 emplois stables et passionnants et représente plus que 10% du PIB. Ainsi, une personne sur cinq est occupée par l’Artisanat, ce qui fait de lui le premier employeur du Luxembourg. Avec plus de 1.700 apprentis, l’Artisanat constitue également la première « entreprise » formatrice. S’il est synonyme de pérennité et de stabilité, il est en outre résistant à la crise et représente un vecteur d’intégration socio-économique remarquable et un acteur essentiel du développement durable. Toutefois face aux défis futurs multiples, le secteur a plus que jamais besoin de talents, de profils forts, motivés et dynamiques.

Les PME artisanales, souvent familiales, ne sont pas motivées par le rendement à court terme mais s’inscrivent dans une perspective de long terme, dans l’intergénérationnel.

Enracinés au niveau local et régional, les artisans sont socialement responsables et partisans d’une croissance durable.

 

 

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