Les visages de l'Artisanat - La passion comme moteur...

Mon entreprise Publié le 21.02.2019
Les visages de l'Artisanat - la possion comme moteur... Marion Dessard

Axel Bauer, gérant de l’entreprise artisanale RETROMOBILE SA, restaure des véhicules anciens et est spécialisé dans la transformation et l’adaptation de véhicules pour personnes à mobilité réduite. Rencontre au sein de son atelier regorgeant d’engins d’exception et dont la renommée n’a fait que prendre de l’ampleur depuis le 1er avril 1990, date de sa création, comme une facétie qui n’en est pas une.

 

Quelles sont les activités principales de votre atelier ?

Nous réalisons essentiellement deux choses : d’une part, nous sommes spécialisés dans la restauration de véhicules anciens, et principalement des voitures, et d’autre part, nous transformons et adaptons des véhicules pour personnes à mobilité réduite. Nous faisons tant de la mécanique que de la carrosserie, c’est-à-dire que nous pouvons autant réparer des moteurs et des boîtes de vitesse que former des tôles. Le travail au sein de l’atelier est très diversifié et très intéressant.

 

Comment est née votre entreprise ?

D’aussi loin que je m’en souvienne, je n’ai jamais voulu faire quelque chose de courant ou de « classique ». J’ai toujours voulu me démarquer. Je ne suis pas non plus quelqu’un qui a envie de faire tous les jours la même chose. J’ai le « plaisir de faire ». J’aime faire, j’aime créer. J’aime avoir quelque chose en face de moi et me dire, « voilà ce que j’ai fait, ce que j’ai produit, ce que j’ai réalisé ». Un jour, j’ai donc concrétisé mes envies.

 

Aujourd’hui, quand les gens viennent frapper à votre porte, c’est à quelles fins ?

Je dois dire que cela dépend. Ils peuvent venir pour une simple révision, tout comme ils peuvent venir pour une réparation d’envergure. Il est également possible que les clients souhaitent qu’il soit procédé à une restauration entière de leur véhicule. Celui-ci sera alors démonté, puis décapé, puis sa carrosserie sera entièrement refaite. Nous réalisons la peinture, le redressage des chromes, le polissage et parfois un peu de sellerie au niveau des intérieurs. Bien souvent, des réparations mécaniques nous sont aussi confiées. Il est important de le préciser car cela constitue l’une de nos particularités : nous sommes à la fois un atelier de mécanique et un atelier de carrosserie.

 

Mécanicien

 

Avec la particularité que vous travaillez sur des voitures anciennes…

En effet, il ne s’agit que de voitures anciennes et uniquement de voitures anciennes. Ce sont essentiellement des véhicules des années 1920 à 1970. Il nous est même déjà arrivé de restaurer des voitures des années 1910. Vous imaginez la particularité de la technicité dont nous devons faire preuve… Les véhicules « anciens » les plus récents qui entrent dans notre atelier sont quant à eux des années 1970. Tous sont pour la plupart possédés par des collectionneurs.

 

Et cette clientèle, justement, est-ce qu’elle vient de loin ?

Je dirais principalement de la Grande Région. Du Luxembourg, certes, mais aussi de France, de Belgique, d’Allemagne. Nous travaillons sur tous les types de véhicules anciens, quelles qu’en soient les marques. Ils peuvent être d’avant-guerre ou d’après-guerre, et sont de très grande valeur.

Je ne vous cache pas cependant qu’il s’agit de travaux compliqués et de longue haleine. Une restauration prend du temps ; cela peut aller de six mois à deux ans. La disponibilité des pièces n’est pas non plus un aléa que l’on peut négliger ou sous-estimer. Mais en principe, le client est tellement heureux que l’on répare ou embellisse son « bijou » qu’il est très compréhensif.

 

Il est donc difficile d’obtenir des pièces de rechange ?

Ce n’est jamais simple, car tous les véhicules sont particuliers, quelle qu’en soit la marque ou le modèle. Mais avec l’expérience, on sait où se renseigner et où trouver les pièces qu’il nous faut. Je contacte un passionné, qui me recommandera à un autre, qui m’aiguillera jusqu’à un troisième, et ainsi de suite. Nous nous aidons mutuellement pour aboutir. Cette solidarité est liée à notre particularité : nous appartenons tous à une grande famille de passionnés

 

Et quant à la technicité du métier, y’a-t-il une différence entre un mécanicien/carrossier « classique », si l’on ose dire, et un mécanicien/carrossier de véhicules anciens ?

Oui. C’est d’ailleurs ce qui fait la spécificité de notre atelier. Le mécanicien ou le carrossier qui travaille ici n’a pas d’ordinateur, par exemple. La mécanique en elle-même est différente, il n’y a pas d’alternateur sur nos véhicules, il y a des dynamos. De ce fait, je crois que pour pouvoir réparer ou embellir une voiture de collection, il faut absolument être passionné de véhicules anciens. Toute la mécanique se fait « à l’ancienne ». Seul le savoir-faire compte, et le talent fait la différence. L’expérience des années fera aussi que l’on deviendra toujours meilleur.

 

 

Vous procédez également à l’adaptation de véhicules. En quoi cette activité consiste-t-elle exactement ?

Nous travaillons sur des véhicules « classiques », et nous les adaptons afin qu’ils puissent combler un handicap. Nous installons des commandes d’accélérateurs et de freins au volant, ainsi que divers systèmes de manutention de chaises roulantes. Tout dépend en fait du type de handicap, et chaque véhicule sera ainsi adapté de manière spécifique et particulière. La palette d’adaptations réalisables est considérable.

 

Cette idée de venir ainsi en aide aux personnes à mobilité réduite vous est venue comment ?

C’était il y a presque trente ans… Mon voisin était en chaise roulante. A l’époque où il n’y avait ni règlementation ni agrégation particulière en la matière, il m’a demandé de l’aider, et d’essayer de lui réaliser un levier, pour accéder à son véhicule. C’est comme cela que cela a commencé. Il en a parlé autour de lui, et le bouche-à-oreilles a fait son travail. Cela m’a donné l’idée de me diversifier. Depuis, nous avons acquis une forte expérience en la matière, et le Rehazenter fait souvent appel à nous. Nous leur avons récemment aménagé un véhicule avec six accélérateurs supplémentaires, afin que des personnes présentant des handicaps divers puissent réapprendre à conduire.

 

Que diriez-vous aux jeunes qui voudraient s’orienter vers le métier ?

Je leur dirais qu’il est important que leur intérêt pour la profession soit considérable… Car il faut avoir des connaissances solides, spécifiques et particulières et qu’il leur sera encore plus difficile de les acquérir s’ils ne sont pas passionnés. Aussi, je pense qu’il est nécessaire de leur préciser que notre travail ici demande beaucoup de flexibilité. Un mécanicien doit pouvoir faire une petite réparation sur une carrosserie, et vice-versa. De la même manière, il convient de savoir travailler le bois, la tôle et différents types de matériaux. Il faut pouvoir « toucher à tout ».

J’ai conscience néanmoins des réalités et je sais que les études aujourd’hui ne sont pas en adéquation avec les tâches que mon entreprise effectue au quotidien. Les DAP sont modernes, et l’enseignement est lié à des véhicules et mécanismes modernes. Mais rien n’est impossible… Il suffit simplement d’être animé par la passion. J’ajouterais pour les encourager que les efforts sont largement récompensés parce qu’on nous gratifie à chaque fin de chantier d’une des plus belles choses qui soit : un sourire accompagné d’un merci.

 

LE COUP DE FIERTE

Il est difficile d’identifier un seul et unique moment. Chaque travail est valorisant, que nous ayons transformé un véhicule d’exception ou que nous ayons adapté un véhicule à des fins de réhabilitation. Chaque tâche nous rend fier et chaque sourire de satisfaction nous comble.

 

Vous avez vraiment l’air heureux d’exercer votre métier….

Bien sûr. Je ne pourrais pas vous décrire tout ce qui me plaît dans mon travail, tellement il y a de choses qu’il me faudrait énumérer. Mais je sais que nous sommes des chanceux : nous travaillons sur des véhicules d’exception. Nous avons entre les mains des pièces magnifiques et il nous incombe généralement de les rendre encore plus belles. Que faudrait-il demander de mieux ?

J’ai l’habitude de dire que notre garage est comme une grande école maternelle, où tous ceux qui viennent y passer leur journée peuvent s’amuser avec de très beaux jouets. Mon travail consiste à leur en amener régulièrement de nouveaux. Le jeu est ensuite animé par la passion qui conduit et rythme la mécanique de nos vies.

 

Par Sabrina FUNK

Partager / Teilen

  Haut de page