Projet de budget 2019 : un brin trop optimiste ?

Tout en saluant l’excédent de l’administration centrale en 2018 et les accents budgétaires au niveau de la fiscalité des entreprises, des investissements publics dans les infrastructures, dans l’innovation et la digitalisation, la Chambre des Métiers considère que l’optimisme ambiant reflété à travers le projet de loi budgétaire ne doit pas aller au détriment de la prudence, toujours requise, ceci en raison de la détérioration des finances publiques estimée pour 2019, et des risques tant conjoncturels que structurels ainsi que de l’évolution très dynamique du budget social.

 

Une amélioration suivie d’une détérioration du solde des finances publiques

Tout d’abord la Chambre des Métiers salue la situation favorable des finances publiques en 2018, l’administration centrale affichant le premier excédent depuis dix ans. Les causes sont à rechercher dans un environnement conjoncturel porteur, une sous-estimation importante de certaines recettes, comme l’impôt sur le revenu des collectivités – en partie due à l’encaissement massif d’arriérés - et la surestimation de certains postes de dépenses, notamment les investissements publics. Ainsi, les résultats reposent partiellement sur des facteurs non nécessairement récurrents.

Par contre, le projet de budget 2019 fait état d’une dégradation de la situation en 2019, le solde positif de l’administration centrale de 121 millions euros se transformant en déficit de 650 millions euros, ce qui représente une détérioration de 771 millions euros. Le degré de réalisme de certaines recettes et dépenses prévues est toutefois difficile à apprécier.

Des mesures à soutenir

Les mesures ayant pour effet de maintenir, voire de renforcer l’attractivité du pays d’un point de vue économique sont saluées, parmi lesquelles les modifications au niveau de la fiscalité, des investissements publics, notamment ceux dans les infrastructures de transport, et les crédits prévus dans l’intérêt de l’innovation, de la digitalisation et de la recherche.

Devant l’optimisme ambiant, la prudence est toujours requise, alors que la stabilité et la santé des finances publiques sont exposées à deux risques, les uns de type conjoncturel, les autres de type structurel.

Pour ce qui est des premiers, la Chambre des Métiers considère que le projet de budget 2019 se base sur des hypothèses relativement optimistes surtout face aux incertitudes au niveau international : le flou entourant le Brexit, la propagation de tendances protectionnistes, les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, de même qu’entre les Etats-Unis et l’Union européenne.

Des prévisions économiques optimistes ?

Aussi, la Chambre des Métiers tient à relever que les prévisions de croissance économique de la Commission européenne pour le Luxembourg sont moins favorables que celles du STATEC pour l’année 2019 ; l’écart étant plus important encore pour l’évolution estimée du PIB en 2020.

Un retournement conjoncturel risque d’avoir un impact important sur les finances publiques en raison de l’effet « ciseaux » qu’il est susceptible de provoquer à politique inchangée. D’un côté une baisse des recettes, suite à un recul des bénéfices des entreprises, une diminution de la consommation des ménages et une moindre hausse de l’emploi et des salaires. D’un autre côté, une progression des dépenses en raison de l’augmentation du chômage (Fonds pour l’Emploi, Revis, …).

Dans la mesure où les investissements dans nos infrastructures sont une nécessité, une diminution de ces dépenses en cas de conjoncture défavorable, serait en tout cas un mauvais levier.

Une évolution du budget social soutenable ?

Sur le plan structurel, la Chambre des Métiers regrette la politique du « toujours plus » sur le plan des dépenses sociales, se traduisant par l’introduction, au fil du temps, de nouveaux transferts sociaux et, en parallèle, l’ « amélioration » de transferts existants. Il en résulte une hausse des dépenses qualifiées de « difficilement compressibles » qui confine la politique budgétaire future dans un carcan de plus en plus rigide. En fait, la rigidité accrue du budget social réduira proportionnellement la marge de manœuvre des gouvernements.

Dans ce contexte, la Chambre des Métiers regrette l’introduction de mesures structurelles, ayant un effet budgétaire à long terme, justifiée par une situation conjoncturelle actuellement (encore) favorable.

Si la Chambre des Métiers comprend que dans un des pays les plus riches du monde l’Etat accompagne, d’une manière généreuse, les changements sociétaux, comme le désir d’une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie privée, la politique du « toujours plus », financièrement gérable en temps de boom économique, ne mènera-t-elle pas inévitablement à un « mauvais réveil » en temps de retournement conjoncturel ou pire de taux de croissance durablement plus bas dus à des mutations structurelles de l’environnement international (p. ex. au niveau de la fiscalité) ?

Dans l’optique que « gouverner, c’est prévoir », la Chambre des Métiers se demande si les responsables politiques seraient prêts à revenir, pour préserver des finances publiques saines, à des mesures moins généreuses que ce n’est le cas dans l’état actuel des choses.

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Luxembourg, le 9 avril 2019

Communiqué par la Chambre des Métiers

 

Vers l'Avis sur le projet de budget de l'Etat 2019

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