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Situation économique de l’Artisanat – 4ᵉ trimestre 2025

  • Publié le 07.03.2026
  • Langue : français
Situation économique de l’Artisanat – 4ᵉ trimestre 2025

« Un secteur en tension productive, un avenir durable en ligne de mire : l’Artisanat en clair-obscur »

Au quatrième trimestre 2025, l’Artisanat luxembourgeois tend à confirmer les signes d’une reprise timide, qui reste fragile. L’indicateur d’activité global reste en territoire négatif, à –8,2 points, bien que la proportion d’entreprises déclarant une amélioration (11,4 %) se rapproche graduellement de celles rapportant une dégradation (19,6 %). Cette évolution laisse penser que le creux conjoncturel a probablement été franchi, même si la Chambre des Métiers émet encore une certaine réserve quant au caractère précaire de cette stabilisation, surtout au vu des crises actuelles en Iran et en Ukraine. 


Cette fragilité est d’ailleurs marquée par les difficultés rencontrées par le secteur de la construction, où la vente en état futur d’achèvement (VEFA) reste enlisée dans une dynamique particulièrement atone. Au troisième trimestre 2025, seulement 324 transactions ont été enregistrées, un niveau inférieur de moitié à la moyenne d’avant crise (691 ventes trimestrielles). L’anticipation ponctuelle d’une relance provoquée par les mesures fiscales n’a pas permis de recréer une tendance durable, et la confiance dans le modèle VEFA reste insuffisante.  

En dépit d’une reprise économique annoncée au 4e trimestre 2025, le marché de l’emploi demeure particulièrement fragile. En témoignent les chiffres du 4e trimestre 2025 qui révèlent que le taux de chômage tous secteurs confondus a progressé de 0,3 point au cours de cette période, soit une hausse de 12,6 % du nombre de demandeurs d’emploi. Le secteur de la construction est le plus touché, avec près de 40 % de demandeurs d’emploi supplémentaires en un seul trimestre et une réduction de 2 % de l’emploi salarié sur un an. Dans le même temps, l’emploi dans le secteur marchand stagne, quand celui du secteur public a progressé de 24 % en cinq ans, accentuant le déséquilibre structurel entre secteurs productifs et la fonction publique. 

À ces tensions conjoncturelles s’ajoute un défi démographique majeur : entre 24.000 et 28.000 départs à la retraite sont attendus dans l’Artisanat au cours des dix prochaines années. Le ratio jeunes/seniors dans la construction a même été divisé par quatre depuis 2009, mettant en péril la transmission des savoir-faire et les capacités de production. 

Ainsi, malgré les premiers signaux d’une accalmie conjoncturelle, l’Artisanat reste confronté à un ensemble de défis structurels – productivité en baisse, logement sous tension, marché de l’emploi fragilisé – qui plaident pour une action publique résolue et articulée autour de trois priorités : productivité, logement, talents. 

Productivité : un recul préoccupant  

La baisse de la productivité dans l’économie marchande (–2,5 % entre 2003 et 2023) trouve un écho particulier dans l’Artisanat, où plusieurs facteurs – ralentissement de l’activité, pression concurrentielle, volatilité des coûts – contribuent à fragiliser les marges. Dans la construction, la diminution de la productivité par tête reflète avant tout un déficit temporaire de demande, les entreprises ayant choisi de préserver leur main‑d’œuvre malgré la conjoncture. 

Ainsi, si une reprise de l’activité constitue une condition immédiate pour stabiliser les performances, son ancrage durable suppose des leviers structurels : simplification administrative, investissement dans l’innovation et modernisation des infrastructures. Dans ce contexte, l’intelligence artificielle apparaît comme un outil de complémentarité plutôt que comme un substitut au travail humain, visant à optimiser l’efficacité, l’organisation et la productivité sans remplacer le savoir-faire des métiers artisanaux, tout en renforçant l’attractivité d’un secteur où moins de 5 % des emplois seraient automatisables. 

Logement : un verrou structurel dont la résolution conditionne la dynamique économique 

Le marché des logements neufs illustre les tensions structurelles qui pèsent sur l’activité : malgré quelques mesures ponctuelles, les ventes en VEFA demeurent nettement en retrait par rapport aux niveaux d’avant crise. De même, la mise en œuvre du programme public d’acquisition progresse plus lentement qu’anticipée, tandis que les dispositifs de partenariats public-privé (PPP) peinent encore à trouver une traduction opérationnelle, malgré la volonté affichée d’en faire un levier majeur. 

Dans ce contexte, une relance crédible implique non seulement de restaurer la confiance des ménages – par exemple via un prêt à taux zéro modulé – mais aussi de réactiver l’investissement grâce à un cadre fiscal incitatif. Par ailleurs, une clarification des modalités des partenariats public privés constituerait un signal structurant pour mobiliser pleinement les acteurs du secteur. L’enjeu dépasse le logement en tant que tel : celui-ci conditionne la capacité de production, l’attractivité de talents et, in fine, la compétitivité du pays. 

Attraction des talents : une priorité transversale 

Le remplacement d’un quart des salariés de l’Artisanat d’ici dix ans place la question des talents au cœur des priorités. Or, l’attractivité du secteur, et plus largement du pays, dépend d’un ensemble de facteurs interdépendants tels que les conditions de logement, les infrastructures en matière de mobilité, la concurrence du secteur public, ou encore le vieillissement de la main d’œuvre. 

Pour y répondre, une stratégie cohérente doit s’articuler à trois niveaux : En premier lieu, renforcer l’orientation et la formation des résidents, notamment via la création de parcours de formation optimisés tels que les nouvelles qualifications 1er DAP d’une durée d’un an proposées à partir de la rentrée 2026, représentant également un moyen d’attirer davantage de jeunes diplômés vers l’Artisanat. Ensuite, il s’agit d’améliorer les conditions d’accès des frontaliers, en particulier en matière de mobilité. Finalement, le troisième pilier vise à attirer des travailleurs internationaux, grâce à un soutien ciblé au logement, à l’accompagnement administratif et linguistique, ainsi qu’à des partenariats de formation mieux structurés. 

Dans ce contexte, l’enjeu consiste à créer une dynamique vertueuse où productivité, compétences et attractivité se renforcent mutuellement, condition indispensable pour consolider la reprise du secteur. 

Lien utile : 

Note de conjoncture du 4e trimestre 2025

Luxembourg, le 09 mars 2026

Communiqué par la Chambre des Métiers